SAINT-CAMILLE. Vivre en parfaite autonomie sans avoir accès aux installations d’Hydro-Québec, voilà un défi que se sont lancé Luc Villeneuve et Mélanie Gaudreault, en novembre 2021, sur leur terre du 3e Rang à Saint-Camille, qui n’est pas desservie par la Société d’État.

Mélanie Gaudreault et Luc Villeneuve devant la résidence 100 % autonome qui est en construction sur leur terrain du 3e Rang à Saint-Camille. (Photo La Voix du Sud – Serge Lamontagne)
Le couple a vécu pendant près de cinq ans dans un ancien camp de chasse qui a été transformé en résidence habitable à l’année à compter du 30 avril 2022, alimentée en électricité par des panneaux solaires et auquel plusieurs adaptations ont été réalisées en parallèle.
Dès leur installation dans leur minimaison en novembre 2021, le couple avait l’idée de construire une nouvelle résidence moderne et de plus grande taille, ayant rapidement déterminé son emplacement, sur un espace dégagé, parfait pour le solaire, sans avoir à couper de la forêt supplémentaire.
C’est le 7 novembre 2023 que la construction de cette résidence de 40 pieds pas 36 a débuté, celle-ci empruntant la technique Greb (Groupe de recherche écologique de La Baie) avec des murs isolés à la paille recouverts de béton léger (moitié-ciment, moitié ripe de bois). Contrairement aux anciennes chaumières de paille, comme en Europe, celle-ci est résistante aux chutes de neige en raison de ses murs épais recouverts d’une double ossature en bois (intérieur/extérieure) qui maintient la toiture en place sous le poids de la neige en hiver, précise M. Villeneuve.
Même si la construction n’est pas terminée, le couple a récemment emménagé au premier étage de la maison, qui est 100 % fonctionnel. S’il existe une centaine de maisons utilisant la technique GREB au Québec, le couple est fier de dire qu’il s’agit possiblement de la première, sinon l’une des seules maisons GREB, sur la centaine existante au Québec, qui n’est pas raccordée au réseau d’Hydro-Québec.
« Notre objectif était de vivre dans une maison 100 % autonome, sans avoir besoin d’une génératrice, et le plus normalement possible selon les standards d’aujourd’hui, avec poêle, réfrigérateur, laveuse et sécheuse et autres », indique le couple.
La maison offrira une fenestration optimale permettant de profiter du luminaire passif le plus possible, une seule fenêtre, celle de la chambre d’ami, se trouvant sur le côté nord de la résidence. « Chaque espace a été réfléchi », insiste Luc Villeneuve en précisant que leur nouvelle résidence est alimentée en électricité avec des panneaux solaires neufs, plus petits et plus performants que les anciens connectés à leur minimaison.
« On a choisi nos appareils électroménagers et autres en conséquence, avec une technologie adaptée aux panneaux solaires. Notre frigo à conversion linéaire n’a besoin que de 25 watts pour fonctionner au lieu de 150 comme les frigos conventionnels. On a adapté notre production de courant en fonction de chaque appareil que nous avons dans la maison. On a même un lave-vaisselle que l’on démarre aux deux jours », poursuit-il en mentionnant que leur laveuse frontale a été conçue en conséquence et qu’ils ont une sécheuse au gaz propane, technologie venant de l’Ontario et qui est très performante également.
« Nous avons des prises pour les gros appareils et un onduleur, au besoin, pour faire fonctionner les appareils requérant plus de courant, comme un séchoir à cheveux, une imprimante ou autres. On a trois systèmes : un de grande puissance avec ses propres batteries et deux autres plus petits qui peuvent faire fonctionner l’éclairage, les cellulaires, les ordinateurs, la pompe l’eau, le frigo et autres. Si un petit système tombe à l’eau, le deuxième ou le gros peuvent suppléer », poursuit-il.
Le couple installera également, sous peu, une micro-éolienne près de leur maison, rappelant qu’il y a beaucoup de vent sur leur terrain. Petite et discrète, elle fonctionne en continu, s’arrêtant par elle-même lorsque les batteries sont pleines.
Empreinte écologique faible
Adepte des énergies renouvelables depuis 2009, Luc Villeneuve souligne que les équipements solaires comme les leurs sont beaucoup moins polluants que ne le sera jamais le réseau d’Hydro-Québec, notamment lors de sa construction.
« La plupart des gens pensaient que, pour construire notre maison, cela prenait toujours une génératrice, ce qui est faux. Nos outils sont à batteries qui sont chargés au quotidien avec les panneaux solaires que nous avions déjà et ceux que nous avons achetés pour notre nouvelle maison », ajoute Mélanie Gaudreault. Le couple rappelle que leurs nouveaux panneaux solaires, en plus d’être abordables, seront bons pour des décennies, avec une perte potentielle d’efficacité d’à peine 5 à 10 pour cent après 20 ou 25 ans d’utilisation.
Leur autoconstruction est à saveur régionale, se réjouissent-ils également, précisant que la ripe de bois avait été achetée chez Langebec de Sainte-Justine et que le bois scié, en provenance de Bois Daaquam de Saint-Just-de-Bretenières, avait été acquis par le biais de la Quincaillerie BMR de Sainte-Justine, comme la grande majorité des matériaux utilisés dans sa construction.
Le béton extérieur sera recouvert par un lattage de bois réalisé par le couple qui a acheté la paille, servant à l’isolation des murs de la résidence, auprès d’un producteur agricole de Saint-Camille, Dominique Bégin.
Le couple espère terminer le revêtement extérieur avant qu’il ne fasse trop froid ou que la neige arrive. Avant l’hiver, ils souhaitent aussi construire une galerie de 10 pieds par 30, puis y ajouter un solarium qui permettra de chauffer davantage la maison grâce au solaire passif.
« Même si HQ passait ici, on ne se raccorderait pas. On veut prouver qu’il est possible d’aménager des résidences comme la nôtre n’importe où. Depuis que le 3e rang est déneigé l’hiver, trois permis de construction permanente ont été délivrés dans le rang par la MRC alors que précédemment, les résidents n’auraient eu accès qu’à des permis de construction pour des résidences secondaires », rappelle également avec fierté Luc Villeneuve.
« La plus belle énergie est celle qu’on ne consomme pas, car elle n’a aucun impact, aucune empreinte écologique et elle est claire dans nos poches. C’est comme cela que nous vivons, car on consomme tellement peu comparativement à ce que l’on consommait quand nous vivions en ville », de dire Luc Villeneuve.
Source : Serge Lamontagne, La Voix du Sud, 1 octobre 2026

