INDUSTRIE. Alors que la guerre tarifaire entre le Canada et les États-Unis bat toujours son plein, l’entreprise Rotobec de Sainte-Justine soulignait, au cours des derniers jours, plus de 40 ans de présence en sol américain.

Les quatre actionnaires de Rotobec, Richard, Sylvain et Benoit Cayouette, ainsi que le PDG Julien Veilleux, étaient présents aux festivités. (Photo La Voix du Sud – Serge Lamontagne)
Comme ce fut le cas pour le 50e anniversaire du siège social de Sainte-Justine l’an dernier, patrons et employés des deux côtés de la frontière se réunissaient, le samedi 26 septembre dernier à l’usine de Groveton, dans le New Hampshire, afin de souligner les 40 ans d’incorporation de Rotobec USA, l’entreprise ayant deux installations dans cet état du nord-est américain.
« Le 30e avait été célébré à Littleton et cette année, pour le 40e anniversaire, nous avons choisi d’aller à Groveton, usine qui a été construite en 2008 », indique le président et directeur général de Rotobec, Julien Veilleux.
Comme ce fut le cas à Sainte-Justine l’an dernier, une série d’activités familiales était au menu de cette journée : visite d’usine, jeux gonflables et autres pour les enfants, et autres. En soirée, un souper réunissant entre 300 et 400 personnes avait lieu, celui-ci étant agrémenté d’un spectacle d’artistes locaux et d’une soirée avec le Rotoband, groupe de musique formé d’employés de Rotobec.
Soulignons que plus de 120 personnes en provenance de Sainte-Justine et des Etchemins, dont une soixantaine d’employés, étaient présentes pour célébrer avec leurs collègues américains. Soulignons que Rotobec USA embauche près de 150 employés à l’une ou l’autre de ses installations qui desservent uniquement, surtout le début de la guerre tarifaire, le marché américain, les marchés canadien et international relevant du siège social de Sainte-Justine.
40 ans… et même plus
Copropriétaire et membre du conseil d’administration de Rotobec, Sylvain Cayouette rappelle que son père et fondateur de l’entreprise, Marcel Cayouette, avait commencé à développer le marché américain dès le début des années 80, soit bien avant l’incorporation de Rotobec USA en 1985.
« Nous avions embauché un représentant établi à Littlleton et dès la première année, il avait enregistré pour 1 M$ de ventes, puis 2 M$ l’année suivante et 3 M$ la troisième année. Il avait vraiment ouvert le marché américain pour nous », mentionne-t-il en rappelant qu’à cette époque, Rotobec était uniquement sur le marché forestier. Les grappins étaient toujours fabriqués à Sainte-Justine et livrés dans un entrepôt de Littleton d’où ils étaient livrés un peu partout sur le territoire.
Une première étape majeure est survenue en 1998 avec la construction d’un vrai centre de distribution à Littleton, l’entreprise louant des entrepôts jusque-là.
« On a commencé à fabriquer des éléments à Littleton à compter de 2011 et on a ensuite agrandi l’usine en 2014 pour commencer à y fabriquer des chargeuses. Puis on a construit l’usine de Groveton en 2018 », précise M. Cayouette en mentionnant qu’avant de s’établir à Groveton, l’entreprise avait exploré d’autres endroits, comme la Caroline du Sud et la Georgie.
« La proximité entre l’usine de Littleton et celle de Sainte-Justine, ainsi que le fait de permettre à la main-d’œuvre spécialisée et technique de Sainte-Justine de pouvoir venir sur place rapidement, nous ont amené à prendre cette décision. On avait un enjeu de main-d’œuvre à Sainte-Justine à ce moment, mais à Groveton, il y avait une usine de pâtes et papier important qui a subi les contrecoups de l’industrie forestière et a fermé ses portes en 2007. Ce fut une tragédie pour la localité de Groveton et on peut assurément dire que notre arrivée a permis de raviver le village », souligne-t-il avec fierté en rappelant également que si les activités de Littleton et Groveton sont bien implantées pour le marché américain, l’usine de Sainte-Justine demeurait le siège social où se trouvent des départements névralgiques comme l’ingénierie, le service et autre.
« Quand nous sommes arrivés ici, c’était pour la main-d’œuvre et la proximité du marché américain avec le nôtre. Maintenant, cela nous sert bien avec tous ces tarifs. Ce qui est dommage, c’est qu’avant cela, on faisait beaucoup d’opérations interusines, ce qu’on a réduit, puis éliminé. »
Le PDG de l’entreprise, Julien Veilleux, confirme les propos de Sylvain Cayouette en mentionnant que Rotobec était devenu parmi les employeurs offrant les meilleures conditions à Groveton et cette région du New Hampshire lourdement affectée par la crise forestière et la fermeture des usines de pâtes et papier ils y a une dizaine d’années.
« Il y a un paquet de fournisseurs et de sous-traitants qui travaillaient pour ces entreprises, ce qui nous a donné à un beau bassin de main-d’œuvre à ce moment et c’est encore le cas aujourd’hui », indique-t-il.
Les effets de la guerre tarifaire
En cette période de tarifs et de contre-tarifs, il souligne que le transfert de la fabrication des produits pour le marché américain vers les deux usines du New Hampshire était pratiquement complété.
« Avant, on ne fabriquait que deux sortes de grappins ici. Maintenant, on en fabrique de sept à huit. Tout ce qui va ou reste sur le marché américain, on essaie de le fabriquer ici, alors que l’usine de Sainte-Justine est vraiment axée sur le Canada et le marché international. Et comme l’international va bien, Sainte-Justine est en croissance », poursuit-il en concédant toutefois que cette vague tarifaire, des deux côtés de la frontière, commence à peser sur l’entreprise avec, en tête, le prix de l’acier.
« On s’était habitués aux tarifs américains, puis sont arrivés les contre-tarifs canadiens qui, eux, nous font mal, surtout au niveau du coût de l’acier. Quand on l’achète ici aux États-Unis, l’acier est passé de 25 à 50 % et, quand on l’achète en Europe pour se rendre sur des quotas, le quota n’est pas ouvert et, ce faisant, on paie un tarif de 50 % également. C’est majeur, car cela pourrait être plus difficile d’être compétitif à l’international du fait que le coût des matières premières, pour nos compétiteurs européens, n’augmente pas », poursuit-il.
« On fait bien eu Europe, en Australie et partout ailleurs dans le monde, mais nos coûts augmentent à cause des tarifs canadiens. Il faut que ça se replace. Je comprends pourquoi les gouvernements se défendent dans cette histoire-là, mais on se fait prendre des deux bords avec l’acier. On est l’une des industries qui paient le plus dans cette guerre tarifaire. Il y a eu des breaks de donnés pour l’importation de l’aluminium qu’on n’a plus depuis février depuis février. »



