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Les problèmes liés aux drogues en hausse en Chaudière-Appalaches

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02 novembre 2026

RÉGIONAL. Le recours aux urgences pour des problèmes liés aux substances psychoactives est en hausse en Chaudière-Appalaches. Selon les données régionales de vigie de Santé Québec, 600 visites ont été recensées du 1er janvier au 29 septembre 2026, soit une augmentation de 18 % rapport aux 508 ayant été enregistrées durant la même période l’an dernier.

Vingt décès par intoxication aux substances psychoactives [qui agissent sur le psychisme en altérant l’équilibre chimique du cerveau] ont également été signalés au Bureau du coroner entre le 1er janvier et le 13 octobre dernier, comparativement à 23 suspectés et confirmés en 2025.

Ces données englobent l’ensemble des substances de ce type. Elles ne permettent pas, à elles seules, de déterminer combien de décès sont attribuables spécifiquement aux opioïdes, au crack, à la méthamphétamine ou à d’autres drogues.

Depuis la période estivale, une hausse des surdoses est observée dans certains secteurs ruraux et semi-ruraux du territoire. Des surdoses continuent aussi d’être signalées dans les secteurs urbains, où la situation demeure relativement stable selon les informations de vigie disponibles.

Pour la directrice régionale de santé publique de Chaudière-Appalaches, Dre Liliana Romero, la situation est préoccupante. « Le marché de la vente a évolué. Les consommateurs ont accès à des substances en ligne via le dark web. La qualité a aussi changé. La drogue n’est pas pure comme avant. Nous voyons beaucoup de mélanges avec des produits très dangereux et puissants. […] Il faut préciser que lorsque ces mélanges sont faits, c’est pour augmenter les profits des vendeurs. Nous devons intensifier les interventions de prévention sur le terrain. »

Dans les dernières semaines, Santé Québec Chaudière-Appalaches a d’ailleurs lancé un avertissement après qu’une drogue achetée en ligne contaminée au fentanyl ait provoqué une surdose mortelle dans le secteur sud de la région administrative. L’organisation recommandait alors aux consommateurs de conserver de la naloxone [médicament d’urgence visant à renverser temporairement les effets d’une surdose d’opioïdes] à portée de main et de savoir comment l’utiliser.

La cocaïne gagne du terrain

Du 1er janvier au 13 octobre 2026, moins de cinq décès liés aux substances psychoactives ont été recensés dans la région de Thetford, comparativement à aucun en 2025. Les personnes âgées de 40 à 59 ans sont les plus touchées. La cocaïne est la principale substance en cause, suivie des autres stimulants. La majorité des décès est survenue à domicile.

Pour les visites à l’urgence liées aux substances psychoactives, la tendance observée depuis le début de l’année dans la région de Thetford est semblable à celle de l’ensemble de la Chaudière-Appalaches. Le cannabis et la cocaïne sont les substances les plus consommées.

Les secteurs de la Beauce, de Bellechasse, des Etchemins et de Montmagny-L’Islet comptaient chacun moins de cinq décès par surdose recensés entre le 1er janvier et le 13 octobre 2026. À Lévis, les données font état de sept décès au cours de la même période. Pour l’ensemble de l’année 2025, sept décès suspectés et confirmés avaient été rapportés en Beauce, contre moins de cinq dans Bellechasse, aucun dans Les Etchemins et moins de cinq dans Montmagny-L’Islet. Le bilan s’élevait à 13 décès dans le secteur de Lévis.

Alors qu’une concentration de la circulation des substances et des visites aux urgences liées à des cas de surdoses avait été observée du côté de Lévis dans les dernières années, une hausse de ces phénomènes se dessine désormais en Beauce et dans les Appalaches depuis deux ans. « Nous constatons en même temps une augmentation de la distribution de naloxone. C’est une bonne nouvelle puisque cela veut dire que les personnes vont chercher de l’aide et pour nous c’est très important puisque nous en profitons pour prodiguer des conseils. »

La directrice régionale de santé publique rappelle que les personnes qui consomment des substances psychoactives sont encore victimes d’une importante stigmatisation dans la société. « Parfois, nous voyons des parents ou des conjoints qui viennent chercher une trousse à la place de l’usager lui-même par crainte de se faire juger. Il faut dire que c’est un phénomène qui touche tout type de personne. Ce ne sont pas des itinérants, c’est monsieur et madame Tout-le-Monde. S’il y a de la stigmatisation, l’aide ne peut pas être apportée. C’est la grande réalité. »

Dre Romero précise que les substances sédatives sont davantage consommées dans le secteur de Lévis, tandis que la cocaïne et le crack sont plus répandus dans la Beauce et les Appalaches. « Je ne pourrais pas vous dire précisément pourquoi les consommateurs se tournent vers ces substances plus que d’autres, mais nous observons depuis quelques mois qu’il y a eu un surplus de cocaïne [en circulation] et que son prix a diminué. Est-ce la raison ? Peut-être. Il est aussi possible que ce soit en raison de sa disponibilité ou parce qu’il y a plus de distributeurs du côté sud que du côté nord de Chaudière-Appalaches. »

Distribution de matériel de prévention en hausse

La demande de matériel de prévention est également en hausse en Chaudière-Appalaches. Dans le secteur de la MRC des Appalaches, la distribution de matériel d’inhalation a augmenté de 11 % par rapport à l’an dernier, comparativement à une hausse moyenne de 5 % dans l’ensemble du territoire.

D’après Santé Québec, cette progression pourrait s’expliquer par la diversification des stratégies de distribution et par la participation accrue des partenaires, qui permettent de mieux rejoindre et en plus grand nombre les personnes qui consomment des substances. Les changements dans les habitudes de consommation contribueraient également à cette augmentation.

Les quantités distribuées font toutefois l’objet d’un contrôle. Le matériel est acheminé aux organismes en fonction de leur mission et de la clientèle qu’ils desservent. Les quantités sont distribuées de sorte à assurer une utilisation optimale par les personnes visées et selon les bonnes pratiques. « Pour nous, c’est très important de distribuer ce type de matériel, que ce soit par inhalation ou injectable, parce que c’est une façon de prévenir plusieurs maladies, notamment celles qui sont infectieuses. Cependant, cela doit venir avec un accompagnement. Nous ne pouvons pas donner à une personne des tonnes de seringues ou de trousses d’inhalation sans qu’il y ait un suivi étroit », explique Dre Romero.

À son avis, il est important de poursuivre les efforts de sensibilisation auprès de la population. « Le marché va continuer à évoluer. On y retrouve de plus en plus de substances chimiques. Nous devons continuer de travailler en prévention et commencer tôt dans les milieux scolaires afin que nos enfants puissent faire un choix éclairé en lien avec la consommation. […] Nous devons parler avec nos adolescents, les écouter et les accompagner. »

Établir le lien de confiance

Sur le terrain, Patrick Naud, travailleur de rue au Réseau d’entraide des Appalaches, a lui aussi remarqué une évolution des habitudes de consommation à Thetford Mines. « Il y a quelques années, la méthamphétamine et la cocaïne étaient très présentes, mais depuis deux ou trois ans, le crack a vraiment pris de l’ampleur. »

Cela se reflète notamment dans les besoins en matériel de prévention. « Nous distribuons énormément de pipes à crack afin d’éviter la propagation des feux sauvages [herpès labial] et des maladies transmissibles parce que cela coûte cher à la société. »

D’après le travailleur de rue, la moyenne d’âge des consommateurs de crack se situe entre 30 et 60 ans, autant des hommes que des femmes. Au-delà du matériel distribué, il insiste sur l’importance d’établir un lien de confiance. « Nous ne sommes pas là pour les empêcher d’en prendre, mais pour les accompagner. Nous travaillons le lien de confiance 80 % du temps, suivi de l’alimentation et de la consommation. Si nous y parvenons, la journée où il arrivera quelque chose, la personne se tournera vers nous. »

Il estime que cette relation constitue souvent la première étape vers l’obtention d’aide. « Comme je le dis souvent : si tu n’as pas confiance en ta mère, est-ce que tu vas te confier à elle ? La réponse est non. »

La force de l’entraide

Depuis mai dernier, un groupe des Cocaïnomanes Anonymes tient des rencontres dans la région de Thetford. Ces réunions offrent aux personnes aux prises avec différentes formes de dépendance un espace pour échanger sur leur réalité, partager leurs expériences et trouver du soutien afin de maintenir leur abstinence.

Pour l’instigateur Oscar Lessard, ces rencontres répondent à un besoin bien présent dans la communauté. « Elles se déroulent très bien. L’assistance aux réunions joue entre 25 et 30 personnes chaque fois. Celles-ci ont entre 17 et 60 ans, autant des femmes que des hommes. Nous sommes très satisfaits. »

Il précise que les rencontres sont ouvertes aux personnes aux prises avec un problème de toxicomanie, mais également d’alcool ou encore de dépendance émotionnelle et affective. « Nous acceptons tout le monde. Nous sommes tous pareils. Nous avons tous la même maladie des émotions que nous ne savons pas gérer et que nous voulons geler, engourdir ou saouler. Il n’y a rien de mieux qu’une discussion entre personnes vivant la même réalité. C’est la seule façon de se faire comprendre. La force du nous, la force d’une salle, c’est fort. »

Oscar Lessard se dit particulièrement préoccupé par la composition des substances qui circulent actuellement et de leurs effets. « Elle est de plus en plus forte et mixée. Cela rend les gens accros beaucoup plus vite. Ce sont des drogues dures comme la cocaïne, le crack et le crystal meth. De plus, ce qui est vendu est déjà transformé, ce qui est d’autant plus inquiétant. Les personnes ne savent pas vraiment ce qu’elles prennent. »

Il constate également les conséquences de la consommation dans son entourage. « Malheureusement, nous avons eu des décès proches de nous cette année. »

À son avis, le contexte économique et la détresse psychologique peuvent contribuer aux problèmes observés. « Le coût de la vie est en train d’exploser. Les gens n’ont plus d’argent, se découragent, se laissent emporter par le fléau et se mettent à boire. Après la boisson, puisque ce n’est pas assez fort, ils commencent à se geler. Il y en a beaucoup qui font de l’anxiété. »

M. Lessard rappelle que les gens vivant avec des problèmes d’alcoolisme ou de toxicomanie peuvent notamment se tourner vers le centre de thérapie l’Aube de la paix, à Thetford Mines. « Ils font un excellent travail. Je suis passé par là et ça marche. Ça fait maintenant un an que je suis abstinent et j’en suis très fier. Je n’aurais jamais pensé y parvenir un jour. Je recommande aussi les groupes familiaux Al-Anon, qui accompagnent les familles des personnes dépendantes afin qu’elles puissent comprendre la maladie et les aider. »

Les personnes intéressées peuvent consulter le site Web des Cocaïnomanes Anonymes à l’adresse suivante : https://www.caquebec.org/

Les meilleures pratiques de prévention pour les personnes ayant présenté une surdose :

Ne pas consommer seul ;

Diminuer la dose ;

Aviser un ami ou un proche qui pourra intervenir en cas de besoin et garder le contact avec la personne ;

Éviter de consommer plusieurs substances en même temps ;

Utiliser les services de vérification des substances si disponibles ;

Analyser ses substances avec des bandelettes de détection du fentanyl avant de les consommer ;

Si la prise de substance se fait en groupe, ne pas consommer tous en même temps ;

La naloxone est un antidote efficace contre les effets des opioïdes ;

Appeler le 911 immédiatement en cas de surdose.

Source : Santé Québec Chaudière-Appalaches

 

Source : La Voix du Sud, 28 octobre 2026

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