ÉNERGIE. Municipalité à vocation forestière, Saint-Magloire pourrait-elle se tourner vers la biomasse forestière comme source de développement ? La réflexion est en cours chez les élus municipaux.

Le conférencier Jean-Pierre Naud, PDG du Centre provincial d’expertises en Énergie Biomasse et Geneviève Gagné, avocate en affaires internationales chez Therrien Couture Jolicœur, entourent Étienne Ménard d’Entreprise E.M. et Jean Tanguay, maire de Saint-Magloire. (Photo La Voix du Sud – Serge Lamontagne)
À l’invitation du conseil municipal et d’Étienne Ménard, ancien conseiller municipal et propriétaire d’Entreprise E.M. qui se spécialise dans la coupe forestière et la vente de biomasse, une vingtaine d’intervenants se sont déplacés à la salle paroissiale de Saint-Magloire, le mardi 17 mars, pour une conférence de Jean-Pierre Naud, PDG du Centre provincial d’expertise en Énergie biomasse, portant sur la biomasse forestière, le potentiel économique et environnemental de cette ressource ainsi que les avancées dans le domaine.
« Cette rencontre avait pour but de présenter le potentiel de la filière de gens et de montrer vers où on peut aller », souligne Étienne Ménard.
Nouveau maire de Saint-Magloire, Jean Tanguay ne cache pas son intérêt envers la biomasse forestière comme source de chauffage pour les bâtiments municipaux ou même l’ensemble des résidences de sa localité via la création de réseaux de chaleur, sujet qui est revenu à quelques reprises lors de la conférence, ce concept étant très présent en Europe, mais pas au Québec.
« Nous sommes en réflexion et ne sommes certainement pas encore rendus là. Cependant, en sachant que Saint-Magloire est une municipalité forestière et que plusieurs de nos entreprises œuvrent dans le domaine du bois, on sait que la ressource est présente. Ce faisant, on se pose la question à savoir si cela ne pourrait pas faire partie des avenues de développement de notre localité et faire en sorte que nos citoyens aient les meilleurs services au meilleur coût. Il faut se poser des questions et mettre des chiffres au bout de cela », indique-t-il.
Comme la municipalité devra se lancer dans la réfection de son réseau d’aqueduc et d’égouts, possiblement dès 2027 si le financement est au rendez-vous, la possibilité de mettre en place un nouveau réseau de chauffage à la biomasse fait partie des réflexions, ajoute M. Tanguay.
« Il faudra s’assurer que ce soit profitable pour chaque citoyen se trouvant le long de ce réseau de chauffage. Idéalement, si on devait établir un tel réseau pour l’ensemble du village, ce serait bien que les citoyens puissent en profiter, selon la situation de chacun bien sûr. Il faudra regarder les coûts de transformation et les économies potentielles pour chacun et ainsi de suite. C’est le défi qui nous attend. On n’a pas quatre ou cinq ans pour se faire une idée, deux ans tout au plus », de dire le maire.
Économies importantes et applications diverses
Étienne Ménard, qui chauffe lui-même une partie de ses installations (une résidence et deux garages couvrant 9 000 pieds carrés) à la biomasse depuis quatre ans, souligne que l’investissement en vaut assurément la chandelle, lui qui économise 8 000 $ par année en coût de chauffage électrique, ce qui lui permettra de rentabiliser ses investissements en huit ans.
Il rappelle que la biomasse forestière permet de chauffer n’importe quoi : des aérothermes pour chauffer l’air d’une pièce, des planchers radiants, l’eau de la piscine, des trottoirs et des entrées de maison l’hiver, etc.
« Ce serait pratique à l’entrée de résidences pour aînés, car on préviendrait ainsi bien des chutes et des blessures. Les possibilités sont quasi illimitées », poursuit-il en rappelant que les Européens ont adopté le chauffage à la biomasse depuis longtemps, car ils sont aux prises avec une crise énergétique que nous n’avons pas encore au Québec ou au Canada.
« L’électricité se vend 42 cents du kilowatt/heure là-bas alors qu’ici, nous sommes à 10 cents. Quand ce sera rendu à ce prix-là ici, on cherchera assurément des solutions pour économiser. Ils ont de l’avance sur nous, car ils cherchent constamment des solutions pour ne pas chauffer à l’électricité. Même chose pour l’huile qui est beaucoup plus chère qu’ici. Quand tu es mal pris, tu cherches toujours des solutions. »
Autonomie énergétique régionale
Appuyé de Geneviève Gagné, avocate spécialisée dans les affaires internationales, Jean-Pierre Naud du Centre provincial d’expertises en Énergie biomasse a souligné que sa conférence visait, dans un premier temps, à présenter comment il était possible pour une municipalité ou une région, grâce à la biomasse, de réduire de façon sensible sa dépendance au mazout, propane et autres combustibles fossiles et d’ainsi revenir à une certaine forme d’autonomie énergétique, concept de la plus grande importance dans le contexte mondial actuel.
« On a une matière qui est là, qui est disponible et qu’on a perdu de vue au cours des trois ou quatre dernières générations. Le milieu rural, qui était autonome au niveau énergétique auparavant grâce à sa biomasse, est devenu dépendant de toutes les autres sources d’énergie », a-t-il précisé en rappelant que la biomasse était une énergie renouvelable locale, facilement accessible.
Naud souligne d’ailleurs que son organisation accompagne actuellement quatre MRC qui ont beaucoup d’intérêt à implanter, chez elles, un centre de production de biomasse. « Notre rôle est aussi de mettre en place des antennes du centre provincial d’expertises dans plusieurs régions du Québec. On espère en implanter huit et nous sommes actuellement en démarche avec quatre régions qui, si elles décidaient d’aller de l’avant, pourraient accueillir des installations comme la nôtre, à Saint-Marc-des-Carrières, mais à plus petite échelle avec une chaudière à biomasse et des espaces d’interprétation pour les écoles. »
Si Saint-Magloire devait aller de l’avant avec son projet, ce serait un endroit parfait où implanter une telle antenne régionale, selon lui, car la localité deviendrait un précurseur en Chaudière-Appalaches.
« Ce serait également toute une vitrine pour l’implantation d’un réseau de chaleur au Québec, car il n’y en a pas ailleurs sauf en Europe », poursuit-il en rappelant que l’acceptabilité sociale étant importante dans tous les projets du genre.
Source : Serge Lamontagne, La Voix du Sud, 26 mars 2026
